Oui oui, nous sommes bien des saintes! Je dis volontairement « des » car nous sommes nombreuses! En plus de ces pauvres femmes enlevées par les romains, vous avez Sainte Sabine d’Avila, de Flandre, de Rome, de Smyre, de Troyes, de Milan. Mais aujourd’hui c’est la fête à la Sainte Sabine de Rome, martyre du IIème siècle.

Parfait prétexte pour vous parler d’un sujet, qui ne passionne probablement que moi, l’Enlèvement des Sabines. N’y voyez aucun narcissisme outrancier, ce serait mal me connaître, c’est surtout parce qu’un de mes peintres préférés s’est magnifiquement chargé de représenter cet épisode ô combien tragique, même s’il n’est pas le seul. Il y a également le néo-classique Jacques-Louis David (non non rien à voir avec le coiffeur, Jean,…je sais ça fait rire que moi) ou encore Pierre de Cortone.

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Jacques-Louis David, Les Sabines (il a fait plus simple…!), 1799, huile sur toile, Louvre (on remarquera la jolie musculature masculine du premier plan…heum bravo Sabine…)

Mes préférences ne sont bien évidemment pas sorties de nulle part, puisque la rigueur et l’organisation dans le désordre sont des caractéristiques qui m’ont toujours plu chez ces deux peintres et surtout qui me correspondent tout à fait, le sens de l’humour décapant en plus cela va de soi.

C’est vrai qu’on va pas se mentir, l’œuvre de Poussin (tout comme celle de David d’ailleurs) est loin d’être fun et abordable. Et pourtant, allez savoir pourquoi, moi pauvre Sabine, je pouvais passer des heures devant ses tableaux, au Louvre, lors de mes études à Paris. Et au calme! Parce qu’effectivement ce sont de loin pas les salles les plus prisées du musée vu que tout le monde s’agglutine autour de cette ennuyeuse Monalisa! Ce qui arrangeait bien mes bidons.

Mais revenons à nos Poussin qui incarne le classicisme par excellence. L’œuvre qui nous intéresse (ou plutôt qui M’intéresse) a été peinte en 1637-38, a priori pour le cardinal Omodei, et provient des collections de ce brave Louis XIV. Un double de cette œuvre, un peu plus jeune, puisque peinte entre 1634 et 1635 se trouve au MET à New York.

Le peintre nous livre ici une scène violente digne des tragédies grecques et des faciès de la dramaturgie antique. « Seules » au milieu du chaos, les Sabines – Ô raaage, Ô désespoir et aussi expressives que moi – se pâment dans les bras des romains, certaines implorant un Romulus qui trône sur son estrade avec un geste presque gracieux digne des danseurs de l’Opéra de Paris. Bon cela décrédibilise un peu la virilité du bonhomme même si sa ruse fonctionne à merveille. En effet, et ce d’après Plutarque, Romulus manque de femmes pour sa jeune cité en devenir (Rome donc…merci Sabine!). Du coup, il invite les Sabins à une fête qui se font avoir comme des bleus, bravo les mecs! Romulus en profite pour leur enlever leurs épouses qui deviennent ainsi romaines (de quoi elles se plaignent, je l’ignore!). En toute objectivité, j’ai donc bien des origines lointaines italiennes, je le savais!

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Malgré l’apparence, le tableau est extrêmement structuré. Le décor est posé telle une scène de théâtre – d’ailleurs Poussin fabriquait régulièrement des maquettes pour agencer ses décors et les transposer sur la toile – avec une composition triangulaire et son point de fuite, qui converge vers le cheval blanc entre les deux monuments,  « facilitant » ainsi la lecture (je sais tout est relatif). Déjà à l’époque, l’art s’adressait à un microcosme relativement élitiste et surtout chez Poussin, roi du stoïcisme (10 ans d’étude et j’ai toujours pas compris que c’était…!) et de la peinture mentale. Je ne sais pas si c’est par pitié du petit peuple, mais il tente tout de même de simplifier la lecture en plaçant les éléments dans un ordre précis, utilisant couleurs, lumière et contrastes permettant ainsi aux lecteurs de suivre, tant bien que mal, les indications visuelles. Cette façon de faire est encore plus visible dans ses nombreux paysages, sur lesquels j’avais même fait un séminaire, comme Les Cendres de Phocion (oui oui j’invente pas, c’était un général athénien d’avant JC) mais j’en parlerai une autre fois ou pas.

A toutes fins utiles, contrairement à mes prédécesseuses, j’annonce que si un beau et fort romain vient me kidnapper pas sûre que je me débatte autant qu’elles…à bon entendeur…

Bonne fête les Sabines!

Nicolas Poussin (1594-1661), L’Enlèvement des Sabines, 1637-1638, huile sur toile, 159x206cm, Musée du Louvre Paris.

NB. Si vous souhaitez vous cultiver un peu plus sur le sujet, Poussin pas Sabine (y a pas de manuel là-dessus), j’ai une bibliographie, faite il y a plus de 10ans certes mais utile quand même.

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Posted by:sabine

One thought on “C’est la fête à la Sabine

  1. Oh mais Sainte Sabine de Crisser n’existe pas encore ??? peut-être est-ce donc ta destinée….. Sainte Sabine de Crissier….. enlevée par par le romain…… quelle tragédie joyeuse…..

    Belle fête à toi Madame Sabine….

    Sandra

    Sandra Koehli

    13, chemin Sous-Allens

    1162 ST-PREX

    0041 79/629.12.66

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