Choisir parmi la programmation du Théâtre de Vidy relève toujours d’un subtil mélange de curiosité, d’instinct et de témérité. Mais aussi une bonne dose de présentation par Vincent Baudriller qui aiguille particulièrement mes choix.
Théâtre documentaire engagé, flamenco, littérature, justice restaurative ou traversée du Mali : j’ai tout de même réussi à repérer huit spectacles qui devraient rythmer ma saison au Théâtre de Vidy. Voici ma sélection, totalement subjective.
Mes Cinq immanquables

Taglit, droit du sang – Zakirat, droit au retour (Winter Family)
Le spectacle en quelques mots
Une création de Ruth Rosenthal et Xavier Klaine qui confronte deux notions opposées : le droit accordé à toute personne juive de s’installer en Israël et celui, refusé aux Palestinien·ne·s exilé·e·s, de retourner sur leurs terres.
Pourquoi je l’ai repéré
Le sujet est aussi sensible que contemporain et probablement pas le spectacle le plus léger de ma sélection, mais certainement l’un des plus nécessaires.
Los inescalables Alpes, buscando a Currito – dans le cadre de Lausanne Méditerranée
Le spectacle en quelques mots
Dans cette pièce au titre aussi mystérieux qu’évocateur « Les Alpes insurmontables, à la recherche de Currito » la chorégraphe andalouse La Chachi transforme la quête d’un être absent en ascension physique et émotionnelle. Accompagnée en direct par des musiciens et une chanteuse, elle réinvente le flamenco en le confrontant notamment au krump, au théâtre et à une énergie résolument punk.
Pourquoi je l’ai repéré
Pour son univers visuel, son mélange des genres et cette manière de faire du flamenco un langage très contemporain. Entre concert, danse et pèlerinage vers un sommet impossible à atteindre, la proposition s’annonce aussi étrange qu’hypnotique soit exactement le genre d’expérience que j’aime aller chercher à Vidy.


Dear Luigi, I Hate You – Collectif Dreams come True
Le spectacle en quelques mots
Inspiré de la fameuse affaire de meurtre aux États-Unis en 2024, Dear Luigi (Mangione), I Hate You imagine la rencontre entre la veuve de la victime et le meurtrier présumé de son mari. Sur scène, la fiction se confronte à un véritable processus de justice restaurative* : une démarche qui cherche à créer un espace de dialogue autour du crime, de ses conséquences et des besoins des personnes concernées.
Pourquoi je l’ai repéré
Parce que c’est une affaire contemporaine qui a défrayé la chronique digne d’une série Netflix et surtout parce que j’ignorais complètement le terme « justice retaurative ». Le spectacle pose une question épineuse : peut-on répondre à la violence autrement que par la seule punition ?
Lettre au père Luigi – Émilie Charriot, d’après Franz Kafka
Le spectacle en quelques mots
En 1919, Franz Kafka adresse à son père une longue lettre qu’il ne lui remettra finalement jamais. Il y raconte la peur, l’éducation autoritaire et le sentiment d’impuissance qui ont marqué leur relation, oscillant entre reproches, culpabilité, tendresse et désir d’émancipation. Seule en scène, Émilie Charriot donne corps aux tourments et aux contradictions de ce texte profondément intime.
Pourquoi je l’ai repéré
Simplement parce que Kafka fait partie de mes repères littéraires et qu’il ne m’en faut pas plus. Mais aussi parce que, derrière la relation très particulière de l’écrivain avec son père, le texte touche à quelque chose d’universel : la difficulté de se construire face au regard et aux attentes de ses parents.


Mali Futur Live – Rimini Protokoll, Théâtre de Vidy et Les Praticables
Le spectacle en quelques mots
Sur la scène de Vidy, un musicien-griot joue de la kora et du sampler devant un grand écran. À l’image, un film tourné et diffusé en direct depuis Bamako nous entraîne à la rencontre de Maliennes et de Maliens qui imaginent l’avenir de leur pays. Théâtre, cinéma documentaire et musique se rejoignent ainsi dans un spectacle joué simultanément au Mali et en Suisse.
Pourquoi je l’ai repéré
Ne serait-ce que pour l’idée fascinante de relier Bamako et Lausanne en temps réel, mais aussi pour la possibilité de découvrir le Mali contemporain à travers les voix de celles et ceux qui y vivent. Une proposition qui devrait autant interroger notre regard européen qu’ouvrir une fenêtre sur les espoirs, les inquiétudes et les futurs imaginés depuis le continent africain.
Trois autres spectacles à garder à l’œil
En Sicile — Jeanne Balibar
Guidée par une petite chèvre blanche prénommée Miss Coco (et non ce n’est pas Miss Kitoko…), Jeanne Balibar nous entraîne dans la campagne sicilienne, entre champs d’oliviers, végétation méditerranéenne et urbanisation anarchique. Un voyage littéraire et sensible qui interroge les liens entre les humains, les animaux et leur environnement. Rien que pour la Sicile, Jeanne Balibar et la possibilité de voyager sans passer par Genève Aéroport, le spectacle méritait une place dans cette sélection. Du 24 septembre au 3 octobre 2026.
The Smallest Things — Marc Oosterhoff et Owen Winship
Sur une scène presque nue, Marc Oosterhoff (yverdonois et donc assez singulier pour le préciser!) et Owen Winship créent un spectacle avec ce qu’ils trouvent : un balai, un chariot, quelques mots, un souvenir ou un extrait de musique. Entre cirque, danse, théâtre et acrobaties, le duo transforme les choses les plus ordinaires en terrain de jeu. Une proposition minimaliste, poétique et pleine d’humour qui pourrait bien prouver qu’il n’est pas nécessaire d’en faire des tonnes pour créer de l’émerveillement. Du 24 septembre au 8 octobre 2026.
Les Petites Filles modernes — Joël Pommerat / Compagnie Louis Brouillard
À la manière d’un conte, Joël Pommerat imagine deux jeunes filles liées par une amitié si forte qu’elle défie l’autorité des adultes et les lois du monde réel. Pour affronter leurs peurs et préserver leur pacte, elles trouvent refuge dans le fantastique et le surnaturel. Une histoire d’enfance, d’amitié, de colère et d’émancipation signée par l’un des grands noms du théâtre contemporain.
John Berger aurait eu 100 ans
Écrivain, critique d’art, peintre et penseur britannique, John Berger aurait eu 100 ans le 5 novembre 2026. Pour marquer ce centenaire, plusieurs institutions lausannoises s’associent autour de son œuvre et de sa manière singulière de regarder les images, l’art et le monde
Le Théâtre de Vidy participe notamment à cet hommage avec des spectacles, rencontres et projets, parmi lesquels Questions for John de Simon McBurney. Photo Elysée présente également l’exposition Regarder-écrire, écrire-regarder. Une programmation transversale que je vais manifestement devoir étudier d’un peu plus près — puisque je viens moi aussi de faire connaissance avec John Berger.
Pour avoir envie d’y regarder de plus près. Du 12 au 15 novembre 2026.
Voici donc les huit spectacles qui ont survécu à mon premier passage au stabilo dans la programmation. Ma sélection pourra encore évoluer au fil des découvertes, des recommandations et, soyons réalistes, des disponibilités de mon agenda.
Et vous, qu’avez-vous repéré dans cette nouvelle saison ?