Jouée au Théâtre de Vidy jusqu’au 22 septembre, Les Idoles de Christophe Honoré met en scène six personnalités françaises décédées du Sida dans les années ’90. Une pièce d’une intensité poignante et un jeu d’acteurs frôlant la perfection qui m’a fait ressortir tremblante du théâtre et pas parce que j’ai eu peur du théâtre contemporain.

Vous me connaissez, j’ai un peu de peine avec le théâtre, l’art, la danse contemporaine. Aussi, lorsque Vidy m’a proposé une collaboration, j’ai, je dois avouer, hésité avant de finalement accepter. En effet, après avoir réfléchi 5 minutes (oui j’ai pas l’habitude), j’ai réalisé que si Vidy faisait appel à des personnes moins intellectuelles comme moi c’était certainement pour aspirer au même but que moi, ouvrir le théâtre et l’art contemporain au plus grand nombre. C’est une des raisons pour laquelle j’ai commencé ce blog, montrer que la culture n’est pas uniquement destinée à une élite intellectuelle lausannoise, qu’il faut la désacraliser et permettre à tout un chacun d’y avoir accès. Et si j’y comprends quelque chose c’est que tout le monde peut comprendre.

C’est donc par la pièce Les Idoles de Christophe Honoré que commence cette quête de la compréhension du théâtre contemporain. Bon, malgré le sujet, on commence soft avec une mise en scène somme toute classique. J’angoisse tout de même en voyant que la pièce dure 2h20 environ et que la sortie la plus proche se trouve à l’autre bout de la salle!

La pièce

Christophe Honoré, écrivain scénariste français né dans les années ’70 et auteur notamment du film Les Chansons d’amour, honore 6 de ses idoles décédées du Sida dans les années ’90.

Ses idoles, six personnalités françaises, elles aussi écrivains et/ou scénaristes. Honnêtement les noms de ces dernières ne me disaient rien et rassurez-vous il n’est pas nécessaire de les connaître pour entrer dans la narration.

Il s’agit, en l’occurrence, de:

  • Bernard-Marie Koltès, dramaturge
  • Cyril Collard, acteur, écrivain, scénariste, connu principalement pour Les Nuits fauvesfilm qui lui aura valu 4 Césars quelques jours après sa mort et la polémique post-mortem selon laquelle il aurait contaminé sa compagne (on ne s’attardera pas sur le fait que l’acteur l’interprétant est juste extrêmement canon…, ben oui faut bien un peu d’analyse superficielle dans cet article)
  • Serge Daney, critique de cinéma
  • Hervé Guibert, journaliste écrivain, interprété avec brio par Marina Foïs
  • Jean-Luc Lagarce, comédien et dramaturge
  • Jacques Demy, on le connait pour les Demoiselles de Rochefort, les Parapluies de Cherbourg ou encore Peau d’âne et pour avoir été marié à Agnès Varda qui révèlera, 18 ans après sa mort, qu’il était séropositif

La pièce s’ouvre sur un décor abribus-station de métro new-yorkais des années ’90, un peu sombre et ayant pour fond sonore les Doors. Entrent les 6 acteurs qui se lancent dans une « chorégraphie » sur Strange days des Doors, mais nous ne sommes pas là pour juger leur talent de danseurs.

Le premier à se lancer est Julien Honoré en Jean-Luc Lagarce, en un dixième de seconde il réussit à capter toute notre attention et, d’entrée de jeu, placer le niveau de la pièce. Il s’adresse à nous comme si ce n’était pas un texte appris par coeur, comme si il allait raconter des choses triviales de la vie à des potes. Le mur entre acteurs/spectateurs est levé, on est happé. Du moins je le suis. Rien que par sa voix, douce, qui berce, chantante un peu comme ces voix qu’on reconnait d’office, je pense à Edouard Baer et Daniel Auteuil.

S’enchaînent ensuite dialogues, monologues, pas de danse, confection de crêpes suzette.

Les dialogues sont tantôt animés, tantôt calmes, les monologues d’une intensité rare et provenant bien des tripes des acteurs. On aborde ainsi tous les thèmes, angles et points de vue liés à cette maladie, qui, dans les années ’90, était perçue comme un fléau, une contamination, des personnes à ne surtout pas approcher de peur d’être contaminé et qui, en plus voulait dire, qu’on était homosexuel.
Devait-on l’avouer, en parler, sujet tabou?, aurait-il fallu se servir de sa maladie pour militer? était-ce lié à un milieu social, peut-on lutter contre le fascisme avec cette maladie? (Si vous avez vu la pièce ou les Nuits Fauves vous comprendrez mieux cette phrase) toutes ces questions sont soulevées.

Mon avis

Je pense que vous l’avez compris par mes stories et ma petite vidéo un peu pourrie mais c’est la première… soyez indulgents, j’ai été bluffée par cette pièce. Si pour moi elle n’entre pas dans la catégorie « théâtre contemporain » à proprement parlé, elle aborde un sujet néanmoins encore d’actualité avec une sincérité, intensité et un niveau de jeu d’acteurs juste incroyables. Le tout sans partir dans des tirades philosophiques ou tomber dans le pathos et le militantisme. C’est sans juger, en exposant, presque simplement, les faits et les sentiments de chaque personnage avec une authenticité poignante.

Je me suis retrouvée comme en apnée durant la plupart des monologues, presque mal à l’aise à me trémousser sur Staying alive ou Despacito, et tremblante en sortant. Pour moi cela méritait la standing ovation mais j’avoue que me lever seule au fond de la salle, on aurait probablement pas vu la différence si j’étais debout ou assise.

Je n’ai finalement pas énormément d’arguments pour vous convaincre d’aller voir la pièce, juste vous donner envie sans la survendre car tout vient de mon ressenti personnel et peut-être que certains d’entre-vous diront mais elle est à côté de ces pompes qu’est-ce qu’elle lui trouve de si exceptionnel à cette pièce?

Oui, il y a peut-être quelques longueurs notamment dans les parties dansées mais croyez-moi elles ont certainement une fonction salvatrice car nous permettent de souffler un peu. Niveau ascenseur émotionnel, vous prenez 5 étages dans les dents à chaque fois. Je parle même pas du monologue de Hervé Guibert racontant la lente mort de son ami, les sanglots dans la gorge, Marina Foïs livre une tirade pleine de sobriété et d’intensité. J’ai pleuré je pense les 3/4 de cette partie.

Je me dois de préciser que je n’ai pas non plus envie de donner l’impression d’en faire trop, cet article n’est pas sponsorisé et mon enthousiasme pour la pièce est vraiment sortie du coeur. Je ne suis pas sure que ce sera le cas pour les prochaines, ne croyez pas que j’ai d’un seul coup abandonné mes travers classiques et conservateurs :p

La pièce est donc à voir au Théâtre de Vidy jusqu’au 22 septembre. Tarif plein CHF 45.-, sans oublier le tarif découverte, s’il reste des places 4h avant la pièce, vous l’avez au prix de CHF 30.- Il y aussi des tarifs étudiants et 26/30.

N’hésitez pas à me donner votre avis si vous allez voir la pièce. Et à très vite pour un nouvel épisode de la Chronique culturelle d’une blonde!

Sabine ♥

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