Isadora Duncan sur la colline de Vidy

Les danses d’Isadora Duncan réincarnée sur la colline de Vidy. Un moment de poésie, de grâce et de contemplation en harmonie avec la nature qui change à jamais votre vision de la danse.

La culture reprend ses droits grâce au Théâtre de Vidy.

C’est sur la colline de Vidy que nous avons assisté, début juin 2021, à un moment magique hors du temps avec le spectacle Isadora Duncan de Jérôme Bel et interprété par Elisabeth Schwartz.

Jérôme Bel, un habitué du Théâtre de Vidy, est un chorégraphe français engagé qui explore ici la danse énigmatique mais finalement très théâtrale d’Isadora Duncan.

Qui est Isadora Duncan?

Isadora Duncan est une danseuse, chorégraphe révolutionnaire, américaine née en 1877 qui va bousculer les codes. Chacune de ses épreuves de la vie se reflétera dans son art. Inspirée par les figures antiques grecques, ses danses et costumes composés de drapés rappelleront instinctivement ces figures.

Étranglée par sa propre écharpe en 1927, elle laissera une quarantaine de danses qui seront transmises de génération en génération. Elle aura d’ailleurs mis un point d’orgue à l’enseignement, insistant sur la notion de transmission justement. Ses cours, ouverts à tous et à toutes, formeront notamment les Isadorables. Elle sera même venue en Suisse pour tenter de créer une école mais n’arrivera malheureusement pas à convaincre pour trouver les fonds. Lors de son enseignement l’accent sera mis sur l’importance de l’émotion incarnée par le geste.

Et c’est précisément Elisabeth Schwartz, 3e génération d’Isadorables et dansant depuis 40 ans, qui nous a livré une performance qui change votre rapport à la danse à jamais.

Le « spectacle »

Construit d’une façon didactique, Jérôme Bel, assis côté « jardin », nous conte la vie d’Isadora Duncan. Une biographie entrecoupée par ses pièces dansées. J’avoue ne pas trop savoir comment les qualifier, Isadora étant complètement réfractaire à la danse classique, peut-on parler de chorégraphies, de pièces, d’interludes dansés?

Assis à même l’herbe, le public observe et se laisse envouter par Elisabeth Schwartz.

Nous verrons 3x la même chorégraphie, ce sont de petits pièces courtes. Une première fois en musique, une seconde fois contée par Monsieur Bel et une dernière fois en musique.

La puriste qui ne jure que par la danse classique que je suis, s’est complètement laissée emporter par cette danse ô combien pénétrante et émouvante.

Water study, 1921

ondulation – vague – suspension – éclaboussure – frappé contre les rochers – la mer se retire. Ici pas de pas de bourré, pirouette, attitude ou autre port de bras. Chaque geste correspond à une action. Sans dénigration aucune, cela m’a fait penser à Phoebe qui apprend la guitare à Joey dans Friends… Je sais chacun ses références…

Et au final cela fait tellement de sens et apparaît comme tellement logique cette dénomination. On s’approprie ainsi le mouvement incarnant l’émotion par le geste et l’histoire du geste.

Mother, 1923

Ce solo funèbre, créé après la mort de ses enfants, est tout simplement bouleversant. Elisabeth Schwartz, d’une expressivité gestuelle saisissante, vous transporte dans le chagrin et le désarroi d’une mère en deuil qui se résout à laisser partir ses enfants. J’ai tenté de résister quelques instants mais n’ai pu m’empêcher de fondre en larmes. Certes la récente mort de mon Edouard n’a pas aidé, je n’ai pas réussi à me reprendre jusqu’à la fin du spectacle.

N’aimant pas être filmée, il ne reste malheureusement pas de « trace » contemporaine de l’oeuvre d’Isadora Duncan ou d’elle dansant. Je vous conseille néanmoins de lire son autobiographie: Ma vie ou de « feuilleter » le fond d’archives et des vidéos dansées par les Isadorables. À voir sur isadoraduncanarchives.org.

Vous pouvez également visionner le film Les Enfants d’Isadora de Damien Manivel.

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