Pèlerinage à l’Abbaye d’Einsiedeln

L’Abbaye d’Einsiedeln dans le canton de Schwytz, vous non plus vous n’en aviez jamais entendu parler? Alors qu’elle est à peu près aussi emblématique que celle de Saint-Gall et a même figuré sur nos timbres poste…

Au risque de passer pour une inculte (ce qui ne serait pas totalement faux…), je n’avais jamais entendu parler de cette abbaye bénédictine schwytzoise d’Einsiedeln… avant que mon papa nous propose de faire un petit stop sur la route pour Flims dans les Grisons (article à suivre ;-)).

Située dans le canton de Schwytz pas trop loin de Zurich et surtout proche de Coire, l’Abbaye d’Einsiedeln se trouve sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle et est connue et reconnue pour son architecture baroque qui figurait sur nos timbres (vous savez ces petits carrés de papier illustrés qu’on collait sur des lettres avant WhatsApp) mais aussi pour sa Vierge noire.

L’histoire de l’Abbaye d’Einsiedeln

La vie de cette abbaye ne fut pas de tout repos. On retrouve ses premières traces au 9 siècle avec Saint Meinrad en 835 qui s’y installa en ermite. La relique de son crâne est encore présente dans le maître-autel.

Après sa mort, ce fut une succession d’ermites divers et variés qui prirent possession des lieux.

En 947, le monastère fut placé sous l’autorité du roi Othon 1er mais la cohabitation avec les habitants de Schwytz fut très compliquée avec notamment le pillage de l’abbaye en 1314 sous les Habsbourg.

Sous la Réforme, c’est un moine de Saint-Gall qui fut nommé abbé et réinstaura l’autorisation des bourgeois à entrer dans l’abbaye et la vie selon Saint Benoît. D’où l’abbaye bénédictine.

Petite parenthèse sur l’ordre des bénédictins. Ils suivent donc les préceptes de vie de Saint Benoit. Sont vêtus de noirs avec une « robe » à capuche et une corde comme ceinture. Leur vie est régie par la prière, l’étude et la méditation de la Bible et le travail manuel. La prière liturgique étant leur priorité.

S’ensuivit une période prospère jusqu’à l’arrivée des Français en 1798 qui occupèrent l’abbaye et la pillèrent. Ce n’est que 3 ans plus tard, grâce à Napoléon, que l’ordre fut rétabli et une nouvelle période prospère, sous l’égide catholique, vit le jour.
L’abbaye connut son apogée après la seconde guerre mondiale grâce à la bénédiction de Pie X. Jean-Paul II consacra également le nouveau maître-autel en 1984.

Son architecture et ses décors

Ce n’est qu’au 17e siècle que le complexe monastique tel qu’on le connaît aujourd’hui fut construit et terminé en 1770. Avant cela il ne s’agissait « que » d’une chapelle et quelques maisons aux alentours dans la forêt.

Il a fallu ensuite l’agrandir au vu du nombre croissant de moines et de pèlerins. C’est sur une base de plans de l’abbaye de Saint-Gall que furent posées les premières pierres. On est ici dans un plan architectural typiquement baroque de par cette entrée en arc de cercle, comme des bras qui accueillent le pèlerin.
Et quand je dis agrandir, c’est pour une longueur de nef de 100m! (La nef étant l’allée centrale qui mène d’un bout à l’autre de l’église).

L’intérieur: fresques, stucs, orgues

Une fois à l’intérieur, on ne peut que se sentir d’abord submergé par les décors. On est loin du style épuré protestant… Il y a du stuc, des angelots, du rose, du doré, c’est… cossu. Une fois les yeux un peu calmés par tant de « froufrous », on commence à décortiquer (et torticoler avec le nez en l’air) les décors.

©kloster-einsiedeln.ch

On doit les stucs à deux frères du 17e siècle, Cosmas Damian et Aegid Quirin Assam nés en Haute Bavière et ayant étudié à Rome notamment chez le Bernin et ça se voit.

©kloster-einsiedeln.ch

Les deux orgues datent de la seconde moitié du 18e.

La chapelle de la Vierge noire

Mais c’est surtout sa Vierge noire du 15e siècle qui la rend célèbre. Il s’agirait en fait simplement de suie et de fumée de bougies qui ont noirci la sculpture. La version actuelle a été repeinte en noir après qu’un artiste l’ait « nettoyée » mais les fidèles ne pouvaient se l’imaginer autrement.

©myswitzerland

Sa chapelle date déjà du fameux abbé Meinrad. Elle est dite miraculeuse, car le 14 septembre, la nuit de la fête de la Croix glorieuse, l’abbé voulant consacrer la chapelle eut une vision miraculeuse du Christ décrite dans la fresque sur un des murs. On trouvera même sa description dans l’oeuvre de Goethe  » Poésie et vérité ».

©kloster-einsiedeln.ch

Vers 17h, tous les soirs, les moines y chantent le «Salve Regina», une tradition qui remonte à 1547.

Les alentours

Les écuries sont parmi les plus vieilles d’Europe. Les chevaux « I Cavalli della Madonna » y sont élevés depuis le début du monastère, « utilisés » à la base pour défricher la forêt mais aussi comme moyen de transport.

Vous pouvez réserver votre visite guidée des écuries sur le site du Monastère Marstall.

Les alentours sont également propices à la balade et au bon air frais des collines pour se promener et faire un bref pèlerinage jusqu’à la Vierge qu’on aperçoit en tout petit sur la photo ci-dessous.

Sans oublier tous les petits bistros avec vue sur l’Abbaye d’Einsiedeln. Cela ne vous étonnera donc pas si je vous dis que nous en avons profité pour manger une « petite » morce sur une terrasse (c’était au mois de novembre 2020, à l’époque où les restaurants étaient encore ouverts et donc mon dernier resto…).

Sans oublier le (ok les) petit verre de blanc des moines, un Raüschling, cépage emblématique de la région. Les vignobles du monastère d’Einsiedeln sont situés dans la région de Leutschen sur l’île d’Ufenau sur le lac de Zurich. Le monastère acquit les quelques 7 hectares de vignes en 1562.
Si j’avais su… nous y serions évidemment allés faire un tour! Mais ce sera pour un prochain pèlerinage viticole.

Infos pratiques

  • parking à 2 minutes à pied de l’Abbaye;
  • train direct depuis Zürich puis 15 minutes de marche depuis la gare;
  • entrée gratuite mais maximum 50 personnes à l’intérieur (Covid oblige);
  • se renseigner sur les horaires car il y a des services religieux qui peuvent ne pas laisser accès au choeur;
  • photos interdites à l’intérieur.
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