Il y a ces restaurants auxquels on ne pense pas spontanément. Des auberges communales que l’on imagine, à tort, réservées à nos darons venus manger le plat du jour à 20 francs avec un ballon de rouge.
Des adresses sans storytelling millimétré, sans néon photogénique aux toilettes et sans œuf parfait posé sur une émulsion dont on aurait oublié le nom avant la fin de l’assiette. Mais des adresses souvent transmises par les parents, où l’on vient pour une spécialité, un accueil chaleureux et une cuisine qui ne cherche pas à réinventer la pomme de terre tous les quatre matins. Sans mes parents, je n’aurais probablement jamais découvert La Pinte, l’auberge communale de Crissier.

Ici, la spécialité, c’est la viaaaande
La carte ne laisse planer le doute que quelques secondes : à La Pinte, la viande occupe une place de choix.
Filet ou entrecôte de bœuf, Chateaubriand, tournedos Rossini… Le tout accompagné de frites maison et d’une sauce au poivre ou béarnaise. Sans oublier les filets de perche du Léman et, lorsque l’automne arrive, la chasse avec son civet, sa selle de chevreuil et ses spätzlis au beurre.
Bref, une carte qui ne fait clairement pas dans la feuille de salade contemplative.
Mon père étant un client régulier, nous avons reçu un accueil personnalisé de Paula, la pétillante tenancière des lieux. La Pinte a longtemps été pour lui une étape presque obligée pour prolonger la soirée, l’Hôtel de Ville de Crissier se trouvant juste en face (je sais ils ont une vie difficile ces retraités). Encore une de ces adresses que je ne connaîtrais probablement pas sans le carnet de bonnes tables parental.

Cinq carnivores lâchés dans la carte
Dans la famille, nous sommes plutôt carnivores. Personnellement, je me prépare rarement un filet de bœuf toute seule à la maison : face à mes casseroles, je suis davantage pâtes que tournedos Rossini. Nous avons donc rapidement trouvé la page qui nous concernait.
Mon père et moi avons opté pour l’entrecôte sauce béarnaise, ma sœur pour le filet de bœuf, tandis que son chéri n’a pas tergiversé une seconde devant le tournedos Rossini. Ma maman, un chouilla plus raisonnable a opté pour les filets de perches.
Le tournedos Rossini portait particulièrement bien son nom : nous avons littéralement vu arriver une tour, pas de Pise, fort heureusement, composée d’un filet de bœuf d’environ cinq centimètres d’épaisseur, fièrement surmonté d’une généreuse tranche de foie gras poêlé.
Nos entrecôtes étaient cuites exactement comme demandé, avec une pointe de fleur de sel pour les relever juste ce qu’il fallait. Quant à la sauce béarnaise, dense et presque aussi généreuse qu’une mayonnaise maison, elle n’a pas fait long feu. L’assiette était encore chaude que j’y avais déjà plongé goulûment ma première frite. N’y voyez évidemment aucune connotation douteuse.

Le tout était servi avec des frites maison parce que, foutu pour foutu, autant faire les choses correctement. Nous avons tout de même conservé les légumes, et pas uniquement pour nous donner bonne conscience : braisés et accompagnés d’une sorte de petit pesto à l’huile d’olive, ils étaient réellement excellents.
Et dès le 24 septembre 2026, la chasse rejoint la carte.
Du Merlot vaudois dans le verre
Autre excellente surprise : la carte des vins laisse une belle place aux crus vaudois. Nous y avons notamment retrouvé le Merlot Réserve Inspiration de Cave de La Côte, dont le millésime 2023 a été maintes fois récompensé. Une présence qui réjouit forcément la Vaudoise légèrement chauvine que je suis, avec, certes, un tout petit conflit d’intérêts professionnel.
Mais lorsque le vin est bon, local et parfaitement adapté à une belle pièce de bœuf, je ne vais pas lutter très longtemps contre moi-même.


Le dessert attendra
Dans notre famille, il est apparemment impossible de conserver de la place pour le dessert. Même lorsqu’il s’agit de célébrer un anniversaire.
En même temps, après 230 grammes de bidoche, des frites, une sauce béarnaise et quelques légumes héroïquement conservés dans l’assiette, mon estomac pourtant bien entraîné a fini par déclarer forfait. Nous sommes donc repartis sans dessert, mais sans le moindre regret.
Et si l’avenir se jouait aussi dans ces auberges ?
Derrière ce repas se cache toutefois une question moins légère : quel avenir attend encore nos auberges communales ?
Le midi, La Pinte accueille notamment les employés des entreprises de la région. Mais pour parvenir à faire vivre une telle adresse, il faut assurer chaque jour un nombre conséquent de couverts. Le soir, l’équation devient plus compliquée : nous sortons peut-être moins souvent et, lorsque nous le faisons, les restaurants des centres-villes ou les pizzerias plus immédiatement identifiables remportent facilement la mise.
Pourtant, ces auberges font partie de notre patrimoine gourmand. Nous y avons d’ailleurs remarqués de nombreux Passeports Gourmands trônés en bout de table. On y vient pour une cuisine généreuse, des plats signatures, un accueil qui devient personnel au fil des visites et cette impression assez précieuse de fréquenter une véritable maison plutôt qu’un concept.
Une raison supplémentaire de pousser la porte de ces restaurants auxquels on ne pense pas toujours, mais dont on regretterait probablement la disparition.
La Pinte en pratique
Adresse : route d’Yverdon 4, 1023 Crissier
Cuisine : traditionnelle, viandes, filets de perche et chasse en saison
À commander : une belle pièce de bœuf avec des frites maison et la sauce béarnaise, ou aux morilles
Pour qui ? Les carnivores, les amateurs de cuisine traditionnelle et celles et ceux qui aiment les adresses sans chichis
Le détail ChicandSwiss : la belle place accordée aux vins vaudois
1 comment
Très sympathique article
Excellent restaurant, toutefois j’ose pas imaginer l’état de certains quand ils sont sortis de la pinte