Un vin, un bouquin : L’Adolescence du perroquet et le Merlot Expression

Associer un vin à un livre tient parfois à une atmosphère, à une couleur ou à un souvenir. Cette fois, tout est parti d’un oiseau, d’un cépage et d’un mot : expression. Pour accompagner L’Adolescence du perroquet, la fable aussi drôle que mordante d’Amélie Nothomb, j’ai choisi le Merlot Expression de Cave de La Côte. Un accord aviaire, ou presque, autour de l’écoute, du langage et de ce besoin parfois irrépressible de faire entendre sa voix.

Je viens de terminer L’Adolescence du perroquet, le nouveau roman d’Amélie Nothomb. Et je vais être parfaitement honnête avec vous, je ne suis pas certaine d’avoir tout compris. Évidemment, le jeu de mots était trop facile: le récit est légèrement… perché.

Un perroquet, un homme et une cohabitation plutôt mouvementée

Alban est chroniqueur à la radio, grand amateur d’art et spécialiste de ces anecdotes du quotidien qui semblent insignifiantes jusqu’à ce qu’on décide de les raconter. Sa vie bascule lorsque son voisin lui confie Jo, un gris du Gabon.

Au commencement, l’oiseau écoute. Il observe. Il enregistre. Puis il apprend à chanter, à reproduire les sons et à prononcer des mots. Bref, il s’exprime. Et pas toujours avec délicatesse.

La cohabitation entre Alban et Jo prend alors une tournure aussi drôle qu’inquiétante, une sorte de huit-clos à la Hitchcock. Le perroquet se montre sensible, imprévisible, parfois violent et surtout terriblement adolescent, forcément, c’est le titre du livre. Il teste les limites, réclame de l’attention, cherche sa place et semble vouloir être aimé avec l’intensité de celui qui ne sait pas encore que l’amour ne se commande pas.

Comme souvent avec Amélie Nothomb, tout paraît simple : des phrases courtes, des dialogues ciselés, une situation presque absurde et un humour délicieux. Et pourtant, sous cette apparente légèreté, quelque chose grince. Qui éduque qui ? Qui imite qui ? Qui domine qui ? Et que devient une parole lorsque nous n’avons pas appris à écouter avant de la prendre ?

Je n’ai pas tout compris et c’est ok

Je pourrais vous expliquer que cette fable aviaire interroge les rapports de domination, la solitude, la violence, le besoin d’amour et la frontière parfois floue entre l’humain et l’animal. Mais ce serait aussi faire semblant d’avoir parfaitement saisi toutes les métaphores et la grande leçon narrative cachée derrière les plumes de Jo et celle d’Amélie Nothomb. Or ce n’est pas le cas.

Comme à l’habitude j’ai aimé le style d’Amélie Nothomb, son esprit, son imagination et sa façon de faire surgir des questions immenses à partir d’une situation complètement improbable du quotidien. J’ai ri, j’ai été intriguée, parfois désarçonnée. J’ai compris le récit à mon petit niveau de lecture, mais je suis probablement passée à côté de certaines de ses subtilités.

Et finalement, un livre doit-il nécessairement nous livrer toutes ses clés pour nous marquer ? Question que je me pose également lors d’un ballet, d’une pièce ou de toute oeuvre d’art. Peut-être ce livre peut-il simplement déposer une idée en nous et continuer à travailler dans notre tête après la dernière page.

Le courage d’écouter

C’est une interview d’Amélie Nothomb aperçue ensuite sur Instagram qui m’a permis de tirer un fil. Elle y parlait de l’écoute et du fait que peu de gens écoutent réellement. Écouter demande du courage, expliquait-elle en substance.

Et soudain, le silence initial de Jo m’est apparu autrement. Avant de parler, le perroquet écoute. Il observe son environnement, capte les mots, les intonations, les comportements. Lorsqu’il commence enfin à s’exprimer, sa parole est faite de tout ce qu’il a reçu des humains qui l’entourent. Il les imite, bien sûr, mais il leur tend aussi une sorte de miroir.

À une époque où chacun semble vouloir parler, commenter, répondre et réagir avant même que l’autre ait terminé sa phrase, ce perroquet silencieux possède peut-être une qualité devenue rare : il commence par écouter.

La suite nous rappelle cependant qu’entendre des mots ne suffit pas toujours à les comprendre et que l’expression, lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’un véritable dialogue, peut aussi devenir brutale.

Pourquoi le Merlot Expression de Cave de La Côte ?

Puisqu’il fallait trouver un compagnon de lecture à ce récit aviaire, j’ai basiquement pensé au Merlot puisque le nom du cépage serait lié au merle. Nous restons donc dans la famille des volatiles, même si nous passons du gris du Gabon au petit oiseau noir de nos régions. Certes, un merle n’est pas un perroquet, mais Cave de La Côte ne produit pas encore de Cuvée Ara bleu, il a donc fallu faire preuve d’un peu de souplesse ornithologique.

J’ai d’abord envisagé le Merlot Réserve Inspiration. Son nom convenait au monde littéraire et son élégante étiquette illustrée d’un oiseau semblait presque avoir été dessinée pour cette chronique.

Mais le Merlot Expression s’est finalement imposé. Car Jo est précisément un être en pleine recherche d’expression. Il écoute, imite, expérimente, provoque et finit par faire entendre sa voix avec une intensité parfois déconcertante, voire violente. Comme beaucoup d’adolescents, il ne maîtrise pas encore toujours ce qu’il ressent, mais il éprouve un besoin presque viscéral de l’exprimer.

Le rapprochement dépasse donc le simple clin d’œil à l’oiseau. Il touche à ce qui traverse tout le roman : la parole, le langage, l’identité et la difficulté d’entrer véritablement en relation avec l’autre.

Un accord de caractères

Élégant et charmeur, le Merlot Expression de Cave de La Côte dévoile des nuances de prune et de fruits noirs. Un vin expressif, donc, mais certainement plus équilibré et fréquentable que Jo.

Là où le perroquet mord, détruit et déstabilise, le Merlot apporte de la rondeur. Là où le roman se révèle grinçant et imprévisible, le vin promet une dégustation plus enveloppante. L’un interpelle, l’autre accompagne.

Ensemble, ils forment un accord fondé sur le contraste autant que sur les mots : un livre vif, insolite et parfois cruel face à un vin élégant et charmeur.

Le pairing en quelques mots

Le livre : une fable aviaire drôle, étrange et mordante sur l’écoute, le langage, l’amour et cette recherche d’interlocuteur que nous avons tous.

Le vin : le Merlot Expression de Cave de La Côte, élégant et charmeur, aux nuances de fruits noirs (comme la pupille du gris), de mûres et de cerises.

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