Anne Frank à Vidy

Une trentaine de dates toutes complètes, pire que d’essayer d’avoir des billets pour Céline Dion au Paléo, c’est certain, la petite Anne Frank émeut toujours autant. Et dire qu’elle aurait eu 90 ans cette année…

Mes deux dernières expériences au Théâtre de Vidy ont été plutôt en demi-teinte (entre les fesses de Bajazet et le zizi de Pièces de guerre en Suisse :-p), vous l’avez peut-être vu. Mais je ne pouvais manquer Le Journal d’Anne Frank sous aucun prétexte. Il est le premier livre que j’ai lu, à 12 ans (d’après mon père mais je pense qu’il me ment et que c’était avant :-p), et qui a conditionné un peu toute mon activité littéraire et passion historique pour cette triste et incompréhensible époque.
Déjà lors de la présentation de la programmation, je savais que je voulais y aller peu importe la réinterprétation. Et fiouf j’ai finalement pu assister à l’avant-dernière représentation.

Le décor

C’est à la Passerelle que la pièce se déroule, une petite salle, peut-être trop vu le succès de la pièce, mais qui finalement nous plonge également dans une sorte de huis-clos et de proximité en total accord avec le sujet.
Sur scène, un décor minimaliste représentant l’Annexe, ou la « planque » de la famille Frank du 6 juillet 1942 au 1er août 1944. Trois escaliers s’entrecroisent et nous enferment dans cet endroit étriqué où 8 personnes ont dû y vivre ou plutôt survivre durant 2 ans!

®Julien James Auzan

Ayant visité l’Annexe en vrai à Amsterdam, je dois avouer avoir presque plus ressenti d’émotions par ce décor que dans l’Annexe réelle où l’on se « balade » en rang d’oignons, tel les touristes, qui ont depuis, aseptisé les lieux, hélas.

L’utilisation de rétroprojecteurs et la partie introductive, certes courte mais qui démontre que l’accent sera mis sur Anne, a été particulièrement prenante surtout lorsqu’ils essaient d’enlever l’Etoile de David projetée sur eux, indélébile.

La réinterprétation

Je n’ai pas l’intention de vous livrer une critique théâtrale ici, vous le savez j’en serais d’ailleurs incapable, mais à nouveau, de simplement relater les faits et mon ressenti.

J’ignore combien de fois j’ai pu lire le livre et pourtant à chaque fois avec le même œil et surtout la même image de la jeune Anne Frank. Peut-être à cause du sérieux de l’histoire et de l’âge auquel je l’ai lu, Anne Frank n’a jamais vraiment été « humaine » pour moi et incarnait uniquement un symbole de cette guerre absurde. J’y ai toujours mis une certaine distance sans jamais penser à y voir une « vraie » enfant/adolescente espiègle, un peu impertinente et parfois même enthousiaste malgré la guerre. (Alors que j’avais pourtant le même âge qu’elle lorsque j’ai lu son journal pour la première fois.).

Et c’est là toute la force de la version de Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier, les metteurs en scène. Le cadre et le fond de l’histoire demeurent le même, mais c’est à travers les traits d’une jeune fille pétillante et en pleine crise d’adolescence qu’on passe ces presque deux heures.

Les acteurs

Le talent de la jeune Judith Goudal y est certainement pour beaucoup car elle porte la pièce et nous emmène dans tous ses doutes, questionnements existentiels d’une jeune fille ordinaire, nous faisant presque oublier la guerre à l’extérieur. Même si on est vite ramené à l’ordre par un bombardement. Mais sans pour autant oublier Peter (Yann Philipona) et Margot (Laurie Comtesse) tout aussi convaincants, j’avoue même parfois m’être retrouvée dans certains traits de la grande soeur.
L’interprétation et le jeu sont extrêmement justes et touchants. Même si, j’avoue justement au début avoir eu du mal avec les petits cris d’Anne, un peu fofolle et justement très vraie, pour ensuite complètement entrer dans le « personnage ». Cette jeune fille pétillante, vivante et enthousiaste malgré la situation, en gueguerre avec sa soeur comme nous toutes ou avec sa mère qui bien évidemment ne la comprend jamais. #cesttropinjuste comme dirait la mienne.

®Julien James Auzan

Et je ne suis pas la seule à avoir été conquise. C’était touchant et « intéressant » de voir à quel point le public, principalement composé de deux classes de jeunes gymnasiens (je suppose), vivait la pièce. Surtout dans l’épisode de rapprochement entre Anne et Peter où tous ces jeunes gymnasiens étaient tenus en haleine afin de savoir si Peter et Anne allaient enfin conclure. On en était même à encourager Peter presque comme à un match de foot. J’ai dit presque!

Cet article ne sert peut-être pas à grand chose, ayant vu l’avant-dernière représentation à Vidy. Mais la pièce m’a tellement plu que je ne peux que vous conseiller d’aller la voir si elle tourne ou revient dans le région!

Merci Vidy pour cette programmation!

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